Françoise Héritier (1933- ), ou la Préhistoire-fiction


 

Françoise Héritier

Née en1933
Anthropologue
1967-82 : maître de recherches au CNRS
1982-98 : Professeur au Collège de France.
1996 : Masculin-Féminin I (Odile Jacob)
1998 : membre du Comité national consultatif d’éthique.
2002 : Masculin-Féminin II (Odile Jacob)
2010 : La Différence des sexes (Bayard)

L’ « anthropologie » d’Héritier est focalisée sur une idée : « les » hommes, solidairement organisés, ont toujours dominé « les » femmes, et ils s’accrochent tellement que leur domination peut durer encore des siècles, ce qui est une affirmation implicite de leur noirceur morale, thèse centrale de la misandrie. Pour le démontrer, elle mobilise, sous un vernis d’érudition, les arguments les plus hasardeux, les moins démontrables, ce qui l’amène à des contradictions majeures. La scientificité est de loin son dernier souci de cette présumée scientifique, qui est en fait une idéologue.

C’est pourquoi il est souhaitable de lire conjointement la rubrique HISTOIRE / SOCIETES MATRIARCALES

Pour mettre en évidence le cheminement tortueux de sa pensée, nous avons choisi de reproduire une interview récente, et d’y inclure, au fur et à mesure, nos commentaires (ils sont en bleu ; en rouge, nous colorons ses propos les plus significatifs).

Nous commentons aussi lorsque, cela arrive parfois, nous sommes d’accord avec elle.

 

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L’avenir des relations hommes-femmes

Marianne : L’inégalité entre hommes et femmes est malheureusement toujours d’actualité, y compris en Occident. A quand peut-on la faire remonter ?

Françoise Héritier : Dater l’origine des inégalités entre les sexes reviendrait à penser qu’il y a eu auparavant une sorte de paradis perdu sans inégalité aucune, car celle-là est la matrice de toutes les autres. Mais, en réalité, cette inégalité a toujours existé, dès le surgissement d’une humanité pensante.
 
Si l’« inégalité a toujours existé », si elle est née en même temps que l’humanité, elle est d’ordre naturel. Ce qui signifie que les hommes seraient naturellement dominateurs, et en mesure d’imposer leur domination aux femmes (plus forts ?). Le cadre misandre victimaire est posé d’entrée : hommes bourreaux, femmes victimes, de toute éternité.
 
Mais ce cadre n’est pas tenable d’un point de vue féministe : si un tel rapport des forces est établi par nature, donc immuable, pourquoi essayer de changer les choses ? Elle est donc obligée de nuancer (ce qu’elle fait ci-après) ; mais comment nuancer une affirmation aussi abrupte sans la démentir ?


M. : De quelle façon s’est-elle mise en place ?

F.H. : Elle est née d’une interprétation intellectuelle que les hommes de la préhistoire ont été amenés à fournir pour comprendre des faits qu’ils constataient et ne pouvaient s’expliquer. J’appelle cela des " butoirs pour la pensée ". Par exemple, dans le vivant animal, quelle que soit l’espèce, il existe une variante mâle et une variante femelle. Cette observation qui oppose le même au différent a servi de base à une réflexion qui nourrit tous les systèmes de pensée du monde. Les mâles sont semblables entre eux et différents des femelles. Et réciproquement. Se greffe sur ces deux ensembles une série d’oppositions : chaud/froid, supérieur/inférieur, actif/passif, fort/faible..., oppositions qui ne sont jamais neutres, mais dont les termes sont considérés l’un comme masculin et l’autre comme féminin. Ainsi, les hommes sont chauds, supérieurs, actifs ou forts, et les femmes sont froides, inférieures, passives et faibles dans notre manière occidentale de voir. Ce passage du positif au négatif n’a rien à voir avec le sens propre de chaque mot, mais avec l’affectation au masculin ou au féminin. Il s’observe dans toutes les sociétés. On voit donc que, dès l’origine, les humains ont constaté la différence anatomique et physiologique des sexes, et ont cherché à construire un système de pensée là-dessus.

Procédé sexiste de base : la surgénéralisation : les mâles, les femelles ; les hommes, les femmes. Chaque sexe est un bloc homogène, composé d’individus qui pensent et veulent la même chose.

Contradiction 1 : l’inégalité des sexes n’est plus un phénomène originel, il est le résultat d’une « interprétation intellectuelle », laquelle a forcément pris du temps. Puis, à nouveau, il est situé « dès l’origine ». Allez comprendre… 

Mais admettons qu’il y ait eu ce travail d’interprétation, auquel ont participé tous les humains : pourquoi « les » femmes ont-elles accepté d’être définies comme « inférieures, passives, faibles ». Sont-elles masochistes ? Stupides ? Incapables de s’affirmer ?

Contradiction 2 : la même interprétation se retrouve dans « tous les systèmes de pensée du monde », puis seulement « dans notre manière occidentale de voir » ????


Cette idée selon laquelle toutes les sociétés auraient la même vision des hommes et des femmes est très hasardeuse : elle fait l’impasse sur les nombreuses sociétés à pouvoir féminin fort que l’on rencontre à toutes les époques et sur tous les continents, à commencer par la civilisation celtique.

M. : Existe-t-il d’autres " butoirs " pour la pensée ?

F. H. : Certainement. Le sang, par exemple, dont les humains s’aperçoivent vite qu’il est le support de la chaleur, de la vie et du mouvement. Le troisième butoir, le plus important, est le fait que les femelles ont cette capacité étonnante et incompréhensible de se reproduire à l’identique, mais aussi de reproduire des formes différentes d’elles-mêmes. Qu’une femme fasse une fille, on le comprend, mais qu’une femme donne naissance à un garçon, c’est un grand mystère jusqu’à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, car on ignorait l’existence des gamètes. Il a donc fallu trouver une explication, et la réponse logique et rationnelle fut : les femmes font des enfants parce que les hommes les mettent dans leur corps. C’est " la petite graine de papa plantée dans le corps de maman " qui, aujourd’hui encore, reproduit l’explication archaïque. Je lisais récemment un article se réjouissant de l’éducation à la sexualité chez les enfants, où l’on citait avec innocence la phrase d’un petit garçon : " Pour faire des enfants, c’est simple, je mets avec mon zizi une graine dans le trou à bébés. " Il avait donc très bien compris que c’était lui qui faisait les enfants ! Et où les met-il ? Pas dans une femme ni dans une mère : dans un " trou " anonyme à bébés ! On ne peut mieux dire que le corps des femmes n’est qu’un réceptacle.

Ici, on cherche vainement le rapport avec le sujet. Il y a des petits garçons qui croient qu’ils vont faire des enfants tous seuls ? C’est ça qui conforte la « domination masculine » ? Ah bon…

M. : Comment se débarrasser d’un système de pensée qui a été aussi superbement agencé ?

F.H. : Ces inégalités n’ont aucun fondement naturel, il s’agit d’une construction mentale qui nous gouverne à notre insu - y compris dans nos sociétés avancées. On peut donc la changer par une autre construction mentale. Je pense d’ailleurs qu’on est en train de le faire, en Occident plus vite qu’ailleurs. Mais nous vivons dans un monde d’impatience. Ces inégalités se sont construites pendant des millénaires, elles ne vont pas disparaître en dix ans. Patientons encore quelques centaines d’années !

Contradiction 1 (suite) : Ca s’aggrave ! Non seulement l’inégalité des sexes n’est plus un phénomène originel, mais il s’est construit « pendant des millénaires » ! Il y a donc eu un autre type de société avant l’ « inégalité » ?

« Patientons encore quelques centaines d’années ! » : injonction sous-tendue par une idée misandre, selon laquelle « les » hommes sont incapables de changer. Il serait facile de changer les rapports entre les sexes, mais « les » hommes (qui « dominent ») ne veulent pas renoncer à leur domination : le changement prendra donc des lustres.

M. : La France a connu plusieurs vagues d’immigration, qui expriment aujourd’hui une demande de respect de la diversité des cultures, cristallisée notamment sur les femmes à travers les débats sur le voile ou la burqa...

F.H. : Je vous arrête : il ne s’agit pas de diversité culturelle ! On ne demande pas à des populations de renoncer à une culture qui leur serait propre, mais de comprendre que cette inégalité des sexes est un système de pensée universel dont nous, Occidentaux, nous extrayons à grand-peine et lentement. Un universel qui ostracise et évince du champ public la moitié de l’humanité.

Contradiction 2 (suite) : si certaines sociétés s’extraient de ce présumé « système de pensée » et d’autres non, c’est sans doute qu’il n’était pas si « universel ».

M. : La pilule vient de fêter ses 50 ans...

F.H. : Déjà... C’était la première marche vers l’égalité, car elle agit sur le point central de la domination masculine, qui est de disposer du corps des femmes. Lorsque la loi sur la contraception a été votée, un député a dit, c’est resté gravé dans ma mémoire : " Messieurs, si vous votez cela, les hommes perdront la fière conscience de leur virilité féconde. " Inconsciemment, ces quatre mots sont toujours en place dans l’esprit de nos élites. Bien sûr, ils pensent théoriquement que les femmes sont les égales des hommes. Mais pas en pratique. Laissez-moi vous raconter une anecdote. Lors d’un séminaire annuel entre professeurs du Collège de France, il y a longtemps, l’historien Georges Duby relève combien il est dommage de ne pas garder trace de ces échanges et s’exclame : " Il faudrait que quelqu’un prenne des notes. " J’étais la seule femme, ils m’ont tous regardée, et Duby m’a demandé : " Françoise, est-ce que vous prendriez des notes ? " J’ai répondu que je n’étais pas programmée génétiquement pour les prendre mieux qu’eux. Prendre des notes est une tâche subalterne, qui ne pouvait échoir qu’à une femme. Notre statut était le même, mais j’étais cette femme...

Contradiction 3 : la pilule a en effet apporté aux femmes une liberté fondamentale. Mais cette liberté n’a pas été obtenue contre « les » hommes, au contraire. Rappelons qu’elle a été conçue par des biologistes hommes, et mise en service par un gouvernement majoritairement masculin, s’appuyant sur un député homme (Neuwirth). C’est logique, d’ailleurs, car elle apporte aussi beaucoup de liberté aux hommes. En tous cas, il y a là une preuve parmi d’autres que « les » hommes se soucient peu de maintenir une présumée domination ! 

Sur l’anecdote « Georges Duby » : elle parle d’un phénomène présumé éternel/universel, et elle est obligée de recourir à des anecdotes ponctuelles pour l’illustrer !


M. : C’est le syndrome de la machine à café dans l’entreprise...

F.H. : Je le dis toujours : la lutte efficace pour l’égalité commence à partir du moment où les femmes refusent le service du café dans l’entreprise !

Il y a des entreprises où « les femmes » sont chargées du « service du café » ? Dans quel monde Héritier vit-elle ?

M. : La loi sur la parité était-elle nécessaire ?

F.H. : Il faut parfois un électrochoc pour provoquer un déclic.

« Un électrochoc » : c’est une manière de reconnaître implicitement que cette loi fait exploser les valeurs républicaines, qu’elle est une victoire du communautarisme.

Contradiction 3 (suite) : concernant les lois paritaires, votées par des assemblées masculines sur proposition de gouvernements masculins, on peut faire la même analyse qu’à propos des lois contraceptives : « les » hommes ne semblent pas beaucoup tenir à leur présumée « domination » !


M. : Des féministes comme Elisabeth Badinter dénoncent une certaine régression : les femmes se replient de plus en plus sur la maternité et le foyer.

F.H. : Je suis moins catégorique qu’elle : plutôt qu’un retour en arrière définitif, j’y vois comme un mouvement de balancier. Mais elle a raison, il faut sonner le tocsin dès qu’il y a des flammèches.

M. : Depuis le premier bébé-éprouvette il y a près de trente ans, la société n’a jamais cessé de débattre de la métamorphose de la filiation. Vous-même avez exprimé des réserves sur certains progrès scientifiques, la gestation pour autrui (GPA), par exemple...

F.H. : Mais la GPA n’est pas un progrès scientifique ! C’est l’utilisation de techniques déjà mises au point - fécondation in vitro et transfert d’embryons -, déplacée dans le champ social. Et cette utilisation marchande demande réflexion. De plus, on veut à tout prix voir de l’altruisme dans la démarche des mères porteuses. Mais où est l’altruisme ? J’y croirai le jour où, comme le dit René Frydman, une bourgeoise proposera de mettre au monde l’enfant de sa femme de ménage. Pour l’instant, les femmes pauvres portent les enfants des autres, et elles sont payées pour cela, ce qui dédouane les commanditaires de toute responsabilité. On voit déjà des cas tragiques, des parents refuser d’accueillir l’enfant porté par une autre femme parce qu’il n’est pas conforme à leurs désirs et le laisser à la gestatrice. Et que pensent les enfants qui voient leur mère donner l’enfant qu’elle a porté ? " Va-t-elle me donner, moi aussi ? " se demandent-ils.

Assez d’accord.

M. : On débat moins de l’utilisation des tests ADN de paternité qui, bien qu’elle soit interdite en France, se généralise grâce à Internet...

F.H. : Un renversement fascinant : on est aujourd’hui en mesure d’établir avec certitude la paternité, mais c’est la maternité qui devient incertaine. Car actuellement trois femmes peuvent coopérer pour faire un enfant : l’une donne un ovule, l’autre prête son utérus et une troisième donne la filiation et l’accompagnement affectif et social. Comment ne pas voir qu’on offre sur un plateau, au nom de l’égalité entre les sexes, le moyen d’entériner la prééminence du masculin dans la procréation  ? Car de tout temps l’homme a voulu être sûr de sa paternité, et il ne pouvait l’être qu’en enfermant la femme.

Quelle mauvaise foi ! Le seul « renversement fascinant » aujourd’hui est à l’inverse qu’il n’y a plus aucune « prééminence du masculin dans la procréation » : les femmes enceintes ont tous les choix (IVG, sous X, accouchement contre la volonté du partenaire, etc.), les partenaires aucun.

M. : Cette avancée scientifique n’a donc rien d’un progrès ?

F.H. : C’est même une régression. Pis, c’est une manière sauvage de concevoir la parentalité. La paternité, comme la maternité, n’est pas une situation purement naturelle, liée au biologique, mais un acte qui se construit. Vous avez la responsabilité d’un enfant, vous l’aimez, vous le protégez, vous lui donnez les moyens de vivre... Dans la plupart des cas, le biologique, le social et l’affectif se recouvrent. Mais, quand ce n’est pas le cas, il est dramatique pour les enfants de s’appuyer exclusivement sur le biologique en déboutant le lien social. On voit des cas où l’homme qui a élevé un enfant coupe brutalement les ponts en apprenant qu’il n’est pas le géniteur.

Ceci dit, il n’est pas anormal, s’il y a doute, qu’un homme veuille vérifier qu’un enfant est bien de lui, avant d’en prendre la responsabilité. Ce qui est anormal, c’est que la loi l’en empêche.

Elle a raison, « La paternité est un acte qui se construit ». Elle pourrait donc avoir un mot pour les pères divorcés auxquels cette construction est arbitrairement enlevée par les juges. Mais non, elle s’en fout.

Mensonge : l’homme qui « coupe les ponts » est vite rattrapé par la Justice, et contraint d’assumer ses obligations, même si elles lui ont été imposées par une conjointe manipulatrice.


M. : On sent pointer un certain désarroi chez les hommes, qui ont le sentiment que les femmes peuvent se passer d’eux aujourd’hui pour procréer...

F.H. : Ce grand désarroi, les psychanalystes qui en parlent ont certainement raison. Il est la marque de l’ébranlement récent du système dominant de pensée. Mais la psychanalyse s’est-elle jamais penchée de la même manière sur le malheur féminin à devoir subir ?

Ca, c’est typiquement le discours communautariste de la vengeance ! Des femmes ont souffert dans le passé, donc les hommes d’aujourd’hui, bien qu’ils n’aient en cela aucune responsabilité, doivent souffrir à leur tour !

M. : Il n’y a donc aucune raison de croire en un avenir égalitaire entre les sexes ?

F.H. : Si. Les représentations changent lentement, ainsi que les systèmes sociaux, grâce à l’action collective. Il faut que les hommes comprennent qu’il y a des avantages à accepter que les femmes soient libres de leurs pensées, de leurs actes, de leur vie. Qu’on peut trouver un énorme plaisir à discuter d’égal à égale. Qu’on peut trouver un grand repos à ne pas toujours avoir à paraître, à faire état de sa virilité. Ce sont des idées et des comportements qui doivent être inculqués dès le plus jeune âge, avant que le modèle dominant ne s’inscrive dans la tête des enfants. Des études sur les petits enfants en maternelle ont montré que, à 3 ou 4 ans, filles et garçons disent qu’ils ne veulent pas être une femme plus tard, car cette situation est la moins enviable.

Grotesque. La liberté n’est pas seulement un problème social, mais, si on l’entend ainsi, il y a longtemps que les femmes sont « libres ». Mais si elle le reconnaît, elle n’a plus rien à dire.

M. : La raison culturelle à cette différence se double d’une explication psychanalytique universelle, non héritée : " l’envie de phallus " des filles...

F.H. : Seulement si l’on accepte comme un dogme - et ce n’est pas mon cas - la pensée freudienne, à savoir que les petites filles ont envie du phallus. Par désir de ce qu’il signifie : la puissance. Mais quand bien même il y aurait cette identification, c’est parce qu’elles voient que la possession du phallus est enviable !

Tout à fait d’accord, c’est une connerie freudienne.

M. : La Cour de cassation a reconnu, le 8 juillet, un statut de parents équivalent à un couple homosexuel. Le mariage gay, l’homoparentalité, c’est une idée qui fait son chemin ?

F.H. : Si l’on part de l’idée que le mariage est à l’origine une institution qui " allie " deux familles par l’intermédiaire de deux personnes, le succès du mariage hétérosexué tient à ce qu’il donne des enfants. Mais cette union entre groupes peut se faire avec des personnes de même sexe. Il s’ensuit qu’elles doivent pouvoir bénéficier du droit à l’adoption ouvert aux autres couples.

L’arrêt du 8 juillet reconnaît en France une adoption prononcée aux Etats-Unis : celle accordée à la partenaire française d’une Américaine qui a accouché d’une fille conçue par insémination. Cette validation ne pourra en droit être confinée à cette seule situation.

D’accord.

M. : Le couple avec enfants reste le modèle dominant dans notre société...

F.H. : Une pression sociale terrible s’exerce sur les jeunes femmes, sur les jeunes couples. On continue donc à avoir envie de se perpétuer : c’est le désir, repris socialement de façon extrêmement forte, de transmettre ce qu’on a reçu. Car, si vous êtes là, c’est parce qu’il y a eu des hommes et des femmes avant vous pour vous amener où vous êtes. Et vous les rendez définitivement au néant si vous coupez cette transmission.

M. : Cela se manifeste-t-il de la même façon chez l’homme et la femme ?

F.H. : Dans une grande partie de l’humanité, on attend que cette transmission soit véhiculée par les hommes, car les femmes sont vues comme des moyens interchangeables. La stérilité féminine est toujours considérée de façon plus dramatique que la stérilité masculine, car elle implique que l’épouse est responsable du fait que son mari n’a pas d’enfants.

Contradiction 2 (suite) : précédemment elle parlait d’une conception présente dans « tous les systèmes de pensée du monde ». Elle n’est pas vraiment sûre de ce qu’elle avance…

M. : Avec les progrès de l’assistance médicale à la procréation, la stérilité n’est-elle pas vécue comme encore plus injuste que par le passé ?

F.H. : Elle est certainement vécue ainsi, mais nul ne peut être assuré de procréer. Il est par exemple plus difficile d’être fécondée après 30 ans, et encore plus passé 40 ans. C’est une vérité biologique, pas une injustice, comme le disent les médias. On confond aujourd’hui désir d’enfant et droit à l’enfant. Mais avoir un enfant n’est pas un droit.

Tout à fait d’accord.

M. : L’un des noyaux durs de l’inégalité entre les sexes est le travail domestique. Pourtant, on l’évacue pour se concentrer sur le politique, le salarial...

F.H. : Il n’a jamais été pris en considération. Pas plus que les arrêts de carrière des femmes ou leurs retraites inférieures de près de la moitié à celles des hommes. Vous ne verrez jamais apparaître dans les comptes de la nation la valeur réelle des tâches ménagères et de l’éducation des enfants. Pourtant, si on les sous-traite à une femme de ménage, à une cuisinière, etc., ces tâches représentent un budget considérable ! Mais on considère comme allant de soi que les femmes doivent s’en occuper. Ce n’est pas lié au sexe mais au " genre ", cette représentation du masculin et du féminin qui s’est mise en place depuis les origines de l’humanité. Les femmes y sont d’autant plus poussées que ce sont elles qui nourrissaient les bébés, qui allaitaient. L’esprit fait une sorte de rapport immédiat entre mère et nourriture, et ainsi de suite. Mais il n’y a pas de rapport naturel entre mère et vaisselle, entre mère et aspirateur !

C’est parti pour la vieille rengaine misandre : « les » hommes refusent d’effectuer le travail domestique !

« Arrêts de carrière ». Mensonge : il y a toujours eu des systèmes octroyant des avantages-retraite (peut-être insuffisants…) aux mères de plusieurs enfants… lesquels, par contre, n’étaient pas accordés aux pères dans la même situation. Cautionne-t-elle cette discrimination ?


M. : Sur le partage des tâches ménagères, les hommes n’ont rien à gagner !

F.H. : Ils ont certes plutôt à perdre. Mais imaginez que toutes les femmes en France décrètent : pendant quarante-huit heures, pas de repassage, pas de courses, pas de repas, rien ! Cela pèserait lourd ! Le problème, c’est qu’on demande aux hommes adultes - qui ne sont pas machiavéliques, qui ne veulent pas nécessairement le mal des femmes, mais qui ont été élevés dans la certitude de leur bon droit - de renoncer à beaucoup plus de choses que de simplement mettre la main à la pâte. C’est un énorme chantier, car il faut déconstruire tout un système de pensée.
 
Deux paragraphes grotesques. C’est le moment de reposer la question : dans quel monde vit-elle ?

M. : Comment ?

F.H. : Il faut donner de la valeur à ce travail occulté. Surtout pas en instaurant un salaire maternel, ce qui reviendrait à entériner l’idée que les femmes sont faites pour cela. Non. Mais il faudrait en outre que ces années-là comptent double pour la retraite. Dès lors, on donne au travail domestique une valeur financière. Et là, cela devient incitatif. Je propose cette mesure à l’étude pour les décennies à venir !

Idée généreuse… Est-elle valable aussi pour les hommes, ou prétend-elle les discriminer ?

Propos recueillis par Alexis Lacroix et Christine Lambert

Marianne, 24 juillet 2010


http://www.marianne2.fr/L-avenir-des-relations-hommes-femmes_a195691.html

 

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Un autre aspect tout à fait intéressant de la "pensée" de FH : elle légitime explicitement les paternités adultérines attribuées au conjoint (lesquelles impliquent dans la plupart des cas des paternités imposées), c’est-à-dire l’une des violences majeures qu’il est possible d’exercer contre des hommes. A lire pour le croire :

(...)

- L’étude du Lancet affirmant qu’un enfant sur 30 ne serait pas du mari de sa mère vous a-t-elle surprise ?

- Je pensais que le pourcentage était encore plus élevé. Ce phénomène concerne toutes les sociétés humaines et toutes les époques. Il ne s’agit ni d’un crime ni d’un complot des femmes contre les hommes mais d’une forme de résistance secrète au modèle archaïque de la domination masculine. C’est même l’une des rares soupapes laissées aux femmes dans certaines sociétés. On peut aller chercher de l’eau au puits et en profiter pour raconter ses difficultés aux voisines ou bien folâtrer avec un berger dans un pré. La situation la plus fréquente est celles de filles mariées sans amour à des hommes plus âgés qui s’autorisent à en aimer un autre et à avoir un enfant de lui. Il n’y a rien de criminel à défendre ce qu’on a de plus humain en soi, c’est-à-dire d’éprouver des sentiments dans une vie qui n’est faite que de contraintes. Ce secret est parfois la source d’une forme de jouissance qui perdure toute la vie. C’est la preuve qu’on a été heureuse au moins une fois dans sa vie. (...)

JDD, 10 mai 2009 (extrait)

lejdd.fr/Societe/Actualite/La-paternite-est-un-acte-d-amour-et-de-responsabilite-38660

 

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"l’Homme est la seule espèce où les mâles tuent les femelles de leur espèce"

Cette phrase a été prononcée par FH dans le cadre du numéro hors-série de Sciences et avenir de janvier-février 2012, dans lequel une centaine de personnalités scientifiques ont répondu à la question "Qu’est-ce que l’homme ?".

sciencesetavenir.fr/fondamental/20120124.OBS9673/l-homme-la-seule-espece-dont-les-males-tuent-les-femelles.html

Cette phrase est ambigue à plusieurs titres.

De prime abord, et si on la réfère au contexte idéologique de son auteur, elle exprime une idée sexiste, et même d’une extrême violence sexiste. Si les humains masculins sont les seuls mâles à tuer leurs "femelles", alors ils sont les mâles les plus "animaux" de toutes les espèces. Et donc, d’un point de vue humain et moral, ils sont moralement inférieurs à leurs propres "femelles", qui sont leurs victimes. Et comment expliquer cette infériorité morale, sinon par leur nature ?

Mais FH revendique une autre démarche :

C’est parce que l’Homme pense, érige des systèmes de pensée intelligibles et transmissibles, qu’il a construit le système validant la violence jusqu’au meurtre à l’égard des femelles de son espèce, qu’il le légitime et continue de le transmettre.

La capacité des humains à penser aurait donc été exploitée par les humains masculins pour s’inventer un droit à la violence et à la destruction à l’encontre leurs "femelles", droit qui n’existe pas chez les animaux, parce qu’ils ne pensent pas et parce qu’il irait de toute façon contre les intérêts de leurs espèces.

Mais qu’est-ce que cela change ? Si les humains masculins ont été, grâce à la culture, capables d’inventer ce droit, au détriment des humaines féminines, ils leur sont évidemment inférieurs d’un point de vue moral. Et, là aussi, comment expliquer cette infériorité morale, sinon par leur nature ?

C’est là que réside la grande faiblesse de la formule... car les humaines féminines, elles aussi, tuent les humains masculins. Certes, les femelles animales de plusieurs espèces le font, mais il s’agit d’instinct. FH devrait logiquement constater que les humaines, elles ausi, ont mis en place un système de pensée "validant la violence". Pourquoi ne le fait-elle pas ? Parce que cela démontre que la violence et la destructivité n’ont pas de sexe ? Et que ce constat réfute toute l’idée d’ infériorité morale d’un sexe ?

La formule est de plus inexacte, car il existe d’autres espèces où les mâles tuent les femelles : chez certaines araignées, par exemple, les mâles dévorent les femelles les plus âgées, qui ne sont plus de bonnes partenaires pour la reproduction. Elles sont peu nombreuses, il est vrai, mais leur seule existence interdit de généraliser la formule. Peu importe pour FH : la généralisation abusive, on l’a vu, est chez elle un procédé courant.

Lapidaire, réductrice, la formule "l’Homme est la seule espèce où les mâles tuent les femelles de leur espèce" n’est pas une formule visant de manière scientifique à définir l’une des différences entre animallité et humanité. Elle vise, en utilisant le raccourci et l’émotion, à renforcer l’image négative des hommes. C’est pourquoi d’autres idéologues misandres l’ont utilisée à leur tour, et sans vergogne.

 

 

 

 

 

 



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