DOSSIER : Canada, la violence conjugale mesurée par l’ESG (Enquête sociale générale) en 1999, 2004, 2009, 2014


 

DOSSIER : VIOLENCE CONJUGALE DANS L’ESG CANADA

 

L’ESG (Enquête sociale générale) Canada, renouvelée tous les cinq ans, porte sur une grande diversité de sujets, parmi lesquels les différents types de violence. Elle est commanditée par le gouvernement canadien, et menée par Statistiques Canada.

Au point de vue de la violence conjugale, sa méthodologie est aux antipodes de celle de l’ENVEFF française :

- des personnes des deux sexes sont interrogées (par exemple en 1999 : 25 876, 14 269 femmes, 11 607 hommes, résidant dans les dix provinces canadiennes)

- les questions portent sur dix actes objectivables, relevant exclusivement de la violence physique

- l’objectif est de déterminer la proportion de la population étudiée qui a été victime au moins une fois de l’un de ces dix actes, d’une part pendant l’année précédente, d’autre part pendant les cinq années précédant l’enquête, de la part du conjoint ou de l’ex-conjoint.

Méthodologie : http://www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2016001/article/14303/06-fra.htm

Les résultats sont très intéressants, car le Canada est un pays de trente-trois millions d’habitants, comparable à la France au point de vue du développement. Le plus frappant est évidemment qu’à ce jour, trois enquêtes étalées sur quinze ans donnent le même résultat : la violence conjugale est commise et subie dans le mêmes proportions par des personnes des deux sexes.

 

ESG 1999

 

A LIRE : La violence conjugale en 1999. Denis Laroche. Bulletin de l’Institut de la statistique du Canada, février 2002, volume 6, numéro 2 (page 6)

 

Texte fondamental, qui s’appuie sur les résultats du cycle 13.

Voici quelques résultats édifiants.

Déclarent avoir été victimes au moins une fois d’un des dix actes de violence physique listés par l’enquête, par le conjoint ou l’ex-conjoint :

- pour l’année précédant l’enquête

2,2% des femmes en couple

1,9% des hommes en couple (soit 46% des victimes)

- pour les cinq années précédant l’enquête

7% des femmes en couple

6,1% des hommes en couple

L’équivalence du nombre de victimes pour chaque sexe est évidemment ce qui saute aux yeux.

Autre enseignement de taille : les pourcentages de la violence subie pour les cinq années antérieures de la part du conjoint actuel sont de 3,6% pour les femmes, et de 4% pour les hommes - plus élevé, donc, chez les hommes. Hypothèses de l’auteur : "les hommes ont tendance dans la plupart des régions à demeurer plus longtemps que les femmes dans une union marquée par la violence conjugale ; il est également possible que la "désistance" à la violence conjugale soit plus élevée chez les femmes que chez les hommes."
 
http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/conditions-vie-societe/bulletins/sociodemo-vol06-no2.pdf

 

ESG 2004

 

A LIRE : Contexte et conséquences de la violence conjugale envers les hommes et les femmes au Canada en 2004. Denis Laroche. Institut de la Statistique du Québec, 2007 (version révisée)

http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/sante/environnement-social/violence-couples/contexte-violence-2004.pdf

Il s’agit de l’analyse des résultats de l’ESG 2004, obtenus avec la même méthodologie que l’ESG 1999. 23 766 enquêtés, 13 166 femmes, 10 600 hommes, résidant dans les dix provinces canadiennes.

pp.17 à 30 Principaux résultats : 

p.17-18 : déclarent (en équivalent population) des violences d’un conjoint ou ex-conjoint

- pour l’année précédant l’enquête :

191 300 femmes, soit 1,8% des femmes en couple (1 femme sur 55)

172 800 hommes, soit 1,8% des hommes en couple (1 homme sur 55) soit 47,4% des victimes 

- pour les cinq années précédant l’enquête : 

646 700 femmes, soit 6,2% de l’ensemble des femmes en couple (1 femme sur 16)

539 800 hommes, soit 5,7% de l’ensemble des hommes en couple (1 homme sur 18)

- p.19 : parmi ces personnes, font état de violences graves : 51% des femmes, 49% des hommes

 

Comme en 1999, les proportions de victimes sont très proches selon les sexes.

p.20 Confirmation du fait que les victimes hommes ont tendance à rester plus longtemps que les victimes femmes dans une union marquée par la violence

p.23-24 Evolution du nombre de victimes :

- femmes : d’après une enquête concernant uniquement les femmes (EVEF), en 1993 il y en aurait eu 952 300, et en 2004, selon l’ESG, 646 600. Soit de 1993 à 2004 : -3,2%  [mais on peut s’interroger sur la validité de l’enquête EVEF !]

- hommes : d’après l’ESG 1999 : 542 900 - l’ESG 2004 : 539 800. Soit de 1999 à 2004 : - 0,6%

[Paradoxe : en France, on ne cesse de nous tanner avec la montée de la violence conjugale. Au Canada, elle diminue !]

p. 63 Le "terrorisme conjugal" (niveau de contrôle le plus élevé) n’est pas, comme le dit le créateur de ce concept, Johnson, le fait exclusif du sexe masculin : il y a de 36 à 40% de victimes masculines. 

pp.25-26 Conséquences physiques, sociales :

- blessures : hommes 19% femmes 44%

- nécessité de soins médicaux : hommes 2% femmes 13%

- interruption des activités : hommes 10% femmes 29%

[Manifestement, les hommes font plus de dégâts... en moyenne. Certaines femmes, si elles se munissent d’ustensiles ou d’armes sont capables de faire aussi mal qu’eux.]

p. 25-26 Influence de l’âge :

La violence est agie ou subie surtout par les 18-24 ans. Après, elle diminue régulièrement. L’idée d’un comportement qui se répéterait inéluctablement chez les individus violents est donc à revoir.

Beaucoup d’autres considérations passionnantes, en particulier les comparaisons avec d’autres enquêtes et d’autres méthodologies.

Tout cela est repris dans la conclusion p.103

 

ESG 2009

Denis Laroche a pris sa retraite, mais Statistiques Canada continue de fournir des analyses, par exemple sous la plume de Shannon Brennan :

statcan.gc.ca/pub/85-224-x/2010000/parts-parties-fra.htm

Font état de violences d’un conjoint ou ex-conjoint

- pour l’année précédant l’enquête

333 874 personnes, soit 1,7% des personnes en couple

178 432 femmes, soit 1,9% des femmes en couple

155 392 hommes, soit 1, 6% des hommes en couple soit 46,5% des victimes

tableau : statcan.gc.ca/pub/85-224-x/2010000/t003-fra.htm

- pour les cinq années précédant l’enquête : 

1 185 707 personnes, soit 6,2% de l’ensemble des personnes en couple

601 000 femmes, soit 6,4% des femmes en couple

585 000 hommes, soit 6% des hommes en couple

tableau  : statcan.gc.ca/pub/85-224-x/2010000/t002-fra.htm

 

ESG 2014

Section1 : Tendances en matière de violence conjugale autodéclarée au Canada, 2014

http://www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2016001/article/14303/01-fra.htm

 

Font état de violences d’un conjoint ou ex-conjoint

- pour l’année précédant l’enquête :

223 619 personnes, soit 1,1% des personnes en couple

106 180 femmes, soit 1,1% des femmes en couple

117 438 hommes, soit 1,2% des hommes en couple soit 52,5% des victimes

tableau : http://www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2016001/article/14303/tbl/tbl1.3-fra.htm

- pour les cinq années précédant l’enquête :

759 665 personnes, soit 3,9% des personnes en couple

341 000 femmes, soit 3,5% des femmes en couple

418 000 hommes, soit 4,2% des hommes en couple

tableaux :

http://www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2016001/article/14303/tbl/tbl1.3-fra.htm

http://www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2016001/article/14303/tbl/tbl1.2-fra.htm

Dans les deux cas

- la baisse déjà constatée en 2004 et 2009 se confirme et s’accentue, mais surtout pour les victimes femmes.

Pour l’année précédant l’enquête :

depuis 2009 : tous -0,6, femmes -0,9, hommes -0,5 

depuis 2004 : tous -0,9, femmes -0,9, hommes -0,8

Pour les 5 années précédant l’enquête :

depuis 2009 : tous - 2,3, femmes 2,9, hommes -1,8

depuis 2004 : tous - 2,7, femmes -3,7, hommes -1,9

- le taux des victimes hommes dépasse pour la première fois celui des victimes femmes, légèrement pour l’année précédant l’enquête (+ 0,1%), nettement pour les 5 années (+0,7%).

Sur les 5 ans, parmi l’ensemble des victimes, ont subi :

un seul incident de violence : 49%

de 2 à 10 incidents : 35%

plus de 10 incidents : 17% 

Ont subi des formes de violences graves (agression sexuelle, battus, étranglement, menaces avec arme à feu ou couteau), par rapport à l’ensemble des victimes : 25% dont femmes 34%, hommes 16%

Ont subi d’autres formes de violences mineures (coups de pied, mordus, frappés, frappés avec objet) : femmes 10%, hommes 35%

Ont subi des blessures corporelles : 31%, femmes 40%, hommes 24%

Taux de violence subie chez les personnes gaies, lesbiennes ou bisexuelles : ensemble 8%, femmes lesbiennes ou bi 11%.

Ont obtenu une ordonnance de restriction ou préventive : 11%, femmes 19%, hommes 5%.

Ont utilisé les systèmes de soutien officiels (lignes téléphoniques, refuges, etc.) : 36%, femmes 56%, hommes 20%

Ont subi de la maltraitance, physique ou sexuelle, pendant leur enfance : 48%

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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