Une mère, une féministe, une horreur. Judith E. Grossman, 16 avril 2013


 

[Texte très intéressant, de par la personnalité de son auteure : il s’agit d’une avocate féministe amércaine. Elle prend conscience des conséquences désastreuses de la diffusion de l’idéologie misandre, dans sa dimension de diabolisation des hommes et de suspicion permanente en matière sexuelle. Certes, on peut déplorer que cette prise de conscience soit tardive, suscitée uniquement parce qu’elle est touchée personnellement par le terrorisme misandre, en la personne de son fils. Mais combien ne la font jamais !

Très intéressant aussi parce qu’il montre la dérive vers l’arbitraire des procédures mises en place sur les campus américains dans les années 2010 pour lutter contre le viol, et qui a surtout permis la multiplication des fausses accusations (sur ce sujet, voir https://www.slate.fr/story/148629/campus-americains-lutte-agressions-sexuelles).

Traduction de l’anglais. C’est nous qui colorons en gras.]

 

Une mère, une féministe, une horreur

 

Je suis une féministe. Je suis montée sur les barricades, me suis abonnée à Ms. magazine et j’ai frappé à beaucoup de portes pour soutenir des candidats progressistes engagés pour les droits des femmes. Jusqu’à il y a un mois, j’aurais exprimé un soutien sans réserve au Titre IX et à la Loi sur la violence à l’égard des femmes.

 

Mais c’était avant que mon fils, un ancien d’un petit collège d’arts libéraux en Nouvelle-Angleterre, soit accusé - par une ex-petite amie - d’actes de « sexe non consensuel » supposés avoir eu lieu au cours de leur relation quelques années plus tôt.

 

Ce qui a suivi fut un cauchemar - une chute dans le miroir d’Alice dans un monde que je n’aurais pas cru pouvoir exister, et surtout pas derrière les murs recouverts de lierre pensés pour protéger un engagement apparent au service de l’éveil et du progrès intellectuel.

 

Cela a commencé par un message désespéré : "APPELLE-MOI. URGENT. MAINTENANT".

 

C’est ainsi que mon fils m’a informé non seulement que des accusations avaient été portées contre lui, mais encore qu’il devait comparaître pour y répondre quelques jours plus tard. Il n’y eut aucune enquête préliminaire de la part de quiconque à l’école sur des agissements supposés datant de plusieurs années, aucun examen de la possibilité que la jalousie ou la vengeance pouvaient motiver une ex-amante rejetée. Le pire est que mon fils ne bénéficiait d’aucune présomption d’innocence.

 

En fait, le titre IX, ce soi-disant garant de l’égalité entre les sexes sur les campus, et tel qu’appliqué par une directive récente du Bureau des droits civils du ministère de l’Éducation, a effacé la présomption d’innocence qui est si fondamentale pour nos traditions de la justice. Sur les campus universitaires d’aujourd’hui, ni le « au-delà de tout doute raisonnable », ni même le moindre critère de preuve « par évidence claire et convaincante » ne sont nécessaires pour établir la culpabilité d’inconduite sexuelle.

 

Ces garanties de procédure régulière ont été, par ordre du gouvernement fédéral, remplacées par ce qu’on appelle « une prépondérance de la preuve ». Ce qui signifie, en anglais clair, que tout ce que l’accusatrice de mon fils devait établir devant un tribunal du campus était que les allégations étaient « plus vraisemblables que non », par une marge de preuve qui peut être aussi mince que 50,1% à 49,9 %.

 

Comment ce tribunal de campus procède-t-il à l’évaluation des accusations ? Sur quelle preuve peut-il appuyer un jugement ?

 

La réponse effrayante est que, comme le gorille de 800 livres qu’évoque le proverbe, le tribunal fait à peu près tout ce qu’il veut, montrant peu de respect pour l’équité fondamentale, la procédure régulière et les règles et procédures bien établies qui ont évolué en vertu de la Constitution pour la protection des citoyens. Qui savait que les étudiants américains sont tenus d’oublier la Déclaration des droits en passant les portes du campus ?

 

Mon fils a reçu un avis écrit des accusations portées contre lui, sous la forme d’une lettre de l’agent du titre IX du campus. Mais au lieu de satisfaire son droit à être pleinement informé, les
allégations listées séparément étaient un flot de déclarations vagues, rendant toute défense pratiquement impossible.
La lettre ne comportait même pas l’information la plus élémentaire sur les actes présumés avoir eu lieu des années auparavant. Et les allégations n’étaient étayées par aucune preuve autres que la parole de l’ex-petite amie.

 

L’audition elle-même a été un interrogatoire de deux heures inlassablement mené par le comité de l’école, au cours duquel, selon mon fils, il lui a été expressément refusé d’être représenté par un avocat, et même de faire venir un avocat à l’extérieur de la salle. L’interrogatoire, a-t-il dit, s’est étendu bien au-delà des allégations vaguement énoncées dans le soi-disant avis. Des questions concernant le passé lointain, et sans rapport avec le sujet, lui ont été lancées, sans possibilité pour lui de donner des réponses réfléchies.

 

Les nombreuses pages que mon fils avait écrites - traitant spécifiquement de sa relation avec l’accusatrice pendant la période de son prétendu comportement illicite - ont été rejetées d’une manière ou d’une autre comme non-pertinentes. Par contre, ce que le comité considérait comme "pertinent" était le témoignage non assermenté de « témoins » censés avoir une connaissance observable de la relation assez ancienne entre mon fils et son accusatrice.

 

Que les souvenirs de ces jeunes (racontés sous une forte pression de l’entourage et sans aucune des garanties permettant une impartialité de base) aient été considérés comme pertinents - alors que les courriels et des publications de l’accusatrice sur les réseaux sociaux ne l’étaient pas, fait de cela une mascarade au sens propre. Bien que le comité ait intimé à mon fils de ne pas "discuter du dossier" avec des témoins potentiels, l’identité de ces témoins à charge lui ne lui a pas été notifiée, et il n’a été autorisé à contredire ou questionner ni ceux-ci ni son accusatrice.

 

Heureusement, je suis une avocate et j’avais les ressources nécessaires pour fournir l’aide professionnelle nécessaire à mon fils. Les accusations portées contre lui ont finalement été rejetées, mais non sans que lui-même et notre famille ne traversent une véritable épreuve. Je suis évidemment soulagée et très satisfaite de ce résultat. Mais je suis également consciente non seulement de la facilité avec laquelle tout cela aurait pu basculer - avec des conséquences destructrices pour nos vies - et que c’est ce qui se passe trop souvent.

 

À travers le pays et avec une fréquence croissante, des victimes innocentes d’accusations indémontrables bénéficient de peu de droits à l’équité fondamentale et se retrouvent piégées dans le réseau tentaculaire du "politiquement correct" monté en puissance. Peu ont une avocate pour une mère, et beaucoup ne connaissent pas la Fondation pour les Droits Individuels dans l’Education, qui m’a aidée dans mes recherches.

 

Il existe des cas très réels et horribles d’inconduite sexuelle et d’abus sur les campus et ailleurs. Que ces infractions doivent faire l’objet d’une enquête et, le cas échéant, être poursuivies, ne pose pas question. Ce qui pose question est de savoir comment nous pouvons mener un processus juste pour tous.

 

Je crains que, dans le climat actuel, l’objectif des "droits des femmes", avec le conformisme de la politique gouvernementale et la complicité tacite des administrateurs des collèges, risque d’enterrer nos institutions les plus chères dans une véritable fosse aux serpents d’injustices - guère différentes des injustices que le mouvement lui-même a tant cherché à corriger. L’orthodoxie féministe débridée n’est pas plus la réponse que les attitudes et les politiques qui victimisent la victime.

 

Judith E. Grossman

The Wall Street Journal, 16 avril 2013

https://www.wsj.com/articles/SB10001424127887324600704578405280211043510

 



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