L’enseignante avait flirté avec un élève de 14 ans. Le Parisien, 20 juillet 2013


 

[Extraordinaire indulgence d’un jury, contrastant avec l’impitoyabilité des jurys à l’encontre des enseignants masculins convaincus du même délit. Jamais un enseignant homme dans cette situation n’a bénéficié d’une dispense de peine, ni de ce fait pu reprendre son travail.]

 

L’enseignante avait flirté avec un élève de 14 ans

Cette professeur du collège Beaumarchais, à Meaux, a été déclarée coupable, hier, d’atteinte sexuelle. Elle a été dispensée de peine.

Ils se sont quittés en se serrant dans les bras, sur le parvis du tribunal correctionnel de Meaux. Hier, Fabien* et sa professeur se faisaient face à l’audience : l’enseignante, qui aura 30 ans le mois prochain, était jugée pour « atteinte sexuelle sur mineur de moins de 15 ans ». Il lui était reproché d’avoir flirté avec un de ses élèves, âgé de 14 ans, scolarisé en 4e au collège Beaumarchais, à Meaux. Même si l’adolescent était « tombé amoureux », l’infraction est caractérisée par son jeune âge : la majorité sexuelle, en France, est fixée à 15 ans.

L’audience s’est tenue à huis clos… à la suite d’une demande de la prévenue. Habituellement, en matière sexuelle, les juges ordonnent le huis clos lorsque la partie civile le demande, le prévenu n’ayant pas son mot à dire. La maman de Fabien — qui n’était pas partie civile — l’a expliqué : « Cela ne me dérange pas que ce soit public. » Le président Eric Ruelle a insisté : il voulait savoir ce qu’en pensait l’adolescent. Ce dernier n’était pas à l’aise pour s’exprimer en public, la prévenue a obtenu gain de cause.

A la sortie de l’audience, la maman de Fabien s’est confiée : « Tout a commencé parce que mon fils lui a envoyé une lettre d’amour. C’était un pari avec des copains. Sa prof a bien réagi : elle a alerté le CPE. » Très honnête, la mère de famille reconnaît que son fils a alors insisté : ce qui n’était que jeu et provocation a tourné à la relation personnelle. « Ils s’écrivaient sur Facebook, ils s’appelaient la nuit. C’était des messages d’amour. C’est moi qui ai tout découvert sur Internet. »

La maman a également appris que la prof et son fils s’étaient retrouvés seuls, à plusieurs reprises, dans une salle de classe : « Ils se sont embrassés et caressés. »

A côté d’elle, Fabien ne dit rien. Il comprend sa mère, qui a déposé plainte. Mais il reconnaît qu’il n’en veut pas à sa prof. L’adolescent, très mignon, qui a des petites copines de son âge, a encore des sentiments pour l’enseignante. Cette dernière a été suspendue de ses fonctions en juin, quand le scandale a éclaté. « Fabien a été arrêté quelques jours. Quand il est revenu, il a eu des problèmes avec les autres élèves. Ils lui en voulaient car ils aimaient bien cette prof. »

Raison pour laquelle elle ne s’est pas portée partie civile : « Je ne voulais pas qu’on pense que j’ai fait ça pour l’argent. Je veux juste protéger mon fils de cette femme. »

Le parquet a requis quatre mois de prison avec sursis. Le tribunal a déclaré l’enseignante « coupable » mais l’a dispensée de peine. Elle conserve donc un casier sans condamnation et pourra continuer à exercer.

« Nous estimons que c’est un incident de parcours mais nous voulons vous rappeler les limites de la loi pénale », a commenté le président Eric Ruelle.

Guénaèle Calantle

Le Parisien, 20 juillet 2013

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