Marcel Rufo : "L’école convient mieux aux filles". Le Figaro, 8 mars 2004


Marcel Rufo : « L’école convient mieux aux filles »
 
Marcel Rufo est pédopsychiatre. Il vient de publier Tout ce que vous ne devriez jamais savoir sur la sexualité de vos enfants (Editions Anne Carrière)
 
Le Figaro - Les filles réussissent mieux à l’école que les garçons, comment cela s’explique-t-il ?

Marcel Rufo – D’emblée, l’école leur convient mieux. Les filles sont dans un processus d’identification vis-à-vis de leur mère alors que les garçons s’opposent à leur père. Pour réussir à l’école, il faut s’identifier aux professeurs. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les enfants d’enseignants se retrouvent majoritaires dans certaines écoles comme Normale sup. Les filles ont des capacités d’observation et d’adaptation très grandes, de déguisement – elles suivent la mode – les garçons sont plus dans un rêve inaccessible.

- Quelles conséquences pour ceux-ci ?

- Le sexe dit « fort » est en réalité psychiquement faible. En pédopsychiatrie, deux consultations sur trois concernent des garçons. Ils sont plus souvent touchés par l’instabilité, le retard de langage et les problèmes d’adaptation à l’école. Ils rencontrent plus de difficulté à se séparer de leur mère et manifestent des problèmes d’agressivité. Les signes de « dysocialité » sont encore l’apanage des garçons. Or l’école prépare à la société. Mais au bout du compte, les garçons s’en sortent mieux que les filles notamment parce que ces dernières n’investissent pas de la même façon les meilleures filières et se laissent rattraper par un rôle social traditionnel. L’historien Georges Duby raconte qu’au Moyen Age, il y avait plus de veufs que de veuves en raison des nombreux décès de femmes en couche. Or les veufs ne réussissaient à survivre qu’avec une femme pour s’occuper du foyer. La mission centrale des femmes se trouvait à la maison. Je ne suis pas certain que les choses ont beaucoup changé.

- Vous confortez les schémas les plus traditionnels. 

- Il y a une très grande différence affective entre les garçons et les filles quoi qu’en pensent certaines féministes. Les filles partent à la recherche du prince charmant et font croire à ceux qu’elles rencontrent qu’ils remplissent cet idéal. Pris au jeu, les garçons, eux, partent à la conquête du pouvoir. Et si finalement elles se rendent compte que leur compagnon n’est pas tout à fait le prince charmant, elles reportent les mêmes idéaux sur leurs enfants imaginant leur fille en Sissi impératrice et leur garçon en Zidane ou Armstrong à la conquête de l’espace.

- N’est-ce pas un peu caricatural ?

Je connais une jeune fille qui a fait Sciences po et Normale sup. Eh bien aujourd’hui, elle se trouve complètement perdue sans fiancé. Elle a l’impression de ne pas avoir vécu entre 17 et 24 ans. L’égalité des sexes n’a de sens que dans la différence.
 
Le Figaro, 8 mars 2004, p. 10


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