Léo Thiers-Vidal : de la haine du masculin au suicide (-2007)


 
- théoricien misandre d’origine belge, installé à Lyon, suicidé en 2007.
 
- un choix de textes opéré parmi ses principaux écrits : Rupture anarchiste et trahison pro-féministe. Editions Bambule, 2013
 
- notre attention a été attirée par l’article nécrologique qui suit, peu contestable parce qu’écrit par une de ses amies radicales-féministes. Article extraordinaire parce qu’il montre comment ce malheureux s’est détruit lui-même, en s’inoculant le poison misandre et en s’évertuant à le faire prospérer en lui, dans un processus clairement masochiste : la misandrie, pour un homme, étant l’outil idéal de la haine et de la destruction de soi. Comme le dit l’auteure (qui ne semble en tirer aucun enseignement…) sa vie n’aura été qu’« combat contre lui-même, contre cette part de masculinité qu’il portait tout en l’abhorrant » …jusqu’à la mort. Nous avons l’habitude de dire « La misandrie tue tous les jours » : à la liste de ses victimes nous savons donc qu’il faut ajouter certains idéologues misandres eux-mêmes.
 
 
Thiers-Vidal, Léo
 
Léo Thiers-Vidal, qui venait de soutenir sa thèse à l’Ens-Lsh, s’est donné la mort dans la nuit du dimanche 12 novembre 2007. Il allait avoir 37 ans le 15 décembre 2007. Léo était un chercheur engagé de longue date dans la cause féministe ; il laisse de nombreux travaux sur le mouvement masculiniste et une thèse importante sur la conscience de domination des hommes, effectuée sous la direction de Christine Delphy. Ses premiers écrits, qui datent des années 1990, sont des traductions : ils montrent que Léo s’est d’abord pensé comme un être humain soucieux de ne pas tirer profit de la faiblesse des animaux pour se nourrir de leur chair. Il a toujours mis en oeuvre, depuis, ce végétarisme politique, ou "antispécisme », construit sur la volonté de respecter le monde animal dans sa vitalité. C’est quelques années plus tard, au milieu des années 1990, que Léo s’investit dans le mouvement féministe. Ses premières traductions portent sur la violence paternelle, et en particulier sur le promoteur du Syndrome d’aliénation parentale, Richard Gardner, dont il ne cessera, par la suite, de mettre à jour les motivations pédophiles. Récemment encore, il écrivait « Humanisme, pédocriminalité et résistance masculiniste » et il publiait la traduction de « Le syndrome d’aliénation parentale », un article de Paula Caplan sur ce SAP, dont la rapidité de diffusion et de banalisation le préoccupait considérablement. En 2001, enDEA d’Etudes Femmes/Etudes Genre, à l’université de Lausanne Genève, il prend conscience de sa « position sociopolitique, spécifique et structurelle d’homme hétérosexuel et de ses implications psychologiques, épistémologiques, sociologiques incontournables » ; c’est par les outils d’analyse du féminisme matérialiste qu’il réalise, dit-il, combien son « éducation participative à la domination masculine (lui) permet d’avoir une perception et action misogynes, des outils de dominant, et une place matérielle privilégiée. » C’est d’ailleurs dans cette exploration qu’il va, dès lors, s’engager intellectuellement avec le plus de constance : celle de la difficulté pour les chercheurs hommes engagés dans la lutte contre l’oppression des femmes : non seulement il leur faut comprendre des analyses qui les désignent eux comme source d’oppression des femmes ; mais il leur faut également gérer les conflits intérieurs qui émanent de cette posture compréhensive. Cette description de la position sociale oppressive, de la conscience de domination, qu’il commence à développer dans son mémoire de DEA, et dont il fait un article, « De la masculinté à l’anti-masculinisme : penser les rapports sociaux de sexes à partir d’une position sociale oppressive », pour la revue Nouvelles questions féministes, publié en 2002, sera au centre de son travail de thèse. Léo Thiers-Vidal est l’exemple même d’un chercheur engagé personnellement, socialement, politiquement et intellectuellement par son objet de recherche. Sa vie était la recherche même d’une pratique masculine non oppressive, qu’il définissait ainsi : « … mon travail consiste avant tout à aménager avec les femmes des relations intimes, concrètes de telle façon que l’asymétrie de pouvoir soit amoindrie, par exemple à travers la non-cohabitation (renforçant la prise en charge symétrique du travail domestique, le non-envahissement de l’espace personnel des femmes, le choix explicite des rencontres), mais également la non-monogamie (coupant court à l’appropriation exclusive, renforçant l’indépendance affective et les alternatives relationnelles pour les femmes). » Cet engagement avait un coût énorme, et principalement en termes psychiques. Epuisé moralement par les émotions que drainait ce combat contre lui-même, contre cette part de masculinité qu’il portait tout en l’abhorrant, il avait l’année dernière à la même époque annoncé qu’il se retirait du militantisme pratique ; renonçant à pister les réseaux pédophiles, à porter la contradiction aux médecins et autres experts promoteurs du SAP, à défendre les mères dans les divorces avec accusation d’inceste paternel, il s’était depuis consacré exclusivement à la rédaction de sa thèse. Léo allait de mieux en mieux ; nous le voyions aller et venir avec une allégresse dans laquelle il a, sans doute, puisé en partie l’énergie pour mener à terme son travail intellectuel majeur. Et c’est au point culminant de ce mieux être, tant moral qu’intellectuel, deux semaines après avoir soutenu, qu’il est parti. Il nous laisse la conscience éclaircie et revigorée pour continuer ce qu’il a entamé : la recherche d’autres « rapports sociaux abolissant progressivement le genre et créant de nouveaux ingrédients relationnels humains ».
 
Anne Verjus
 

 

 
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En novembre 2010, Anne Verjus a réagi négativement à la reproduction par nous de son article (qu’elle considère comme un "détournement"), renforcée par une réaction encore plus négative de la sinistre Hélène Palma. Voir les deux textes sur le site d’AV : http://homosexus.hypotheses.org/
 
Selon Anne Verjus, "Leo ne détestait pas les hommes en soi. Loin de lui l’idée que les hommes forment une classe détestable à tout jamais". C’est pourtant bien elle qui évoque "ce combat contre lui-même, contre cette part de masculinité qu’il portait tout en l’abhorrant". Pourquoi l’abhorrer, si, pour lui, elle n’était pas détestable en soi, toujours et partout ? Selon elle encore, "grâce au féminisme, il avait pris conscience que des hommes comme son père, s’ils avaient été éduqués différemment, auraient pu échapper à l’exercice de la violence sur les femmes et les enfants, et trouver une autre manière d’être homme". Sur ce point nous sommes très sceptiques, car LTV a fréquenté, non pas des féministes, mais des misandres, comme Palma ou Christine Delphy, c’est-à-dire le genre de femmes qui, justement, considèrent les hommes en général comme originellement monstrueux, et donc non-susceptibles d’amélioration. Ce n’est pas à leur contact qu’il risquait de construire une meilleure image de lui-même ! 
 
Coutumière des plus grossiers mensonges, Palma prétend que nous nous réjouissons de cette mort, ce dont n’importe quel lecteur peut constater l’inexactitude. Elle essaie aussi de présenter la violence du père de LTV comme la seule violence parentale possible (et donc produit du "machisme" et du "patriarcat"), alors qu’à l’évidence la violence maternelle est de même ampleur. Mais son souci essentiel est de circonscrire l’’explication de son suicide à la maltraitance subie dans l’enfance, et à elle seule : "on a piétiné ton enfance et tu ne t’en es jamais remis". Comme si les mauvaises solutions choisies par lui ultérieurement (militantisme et fréquentations misandres effrénés) n’étaient pas en cause. Pour nous, au contraire, LTV est mort de deux processus successifs, qui se sont additionnés : d’une part les souffrances à lui infligées par son père ; d’autre part sa conversion à la misandrie, qui a nourri interminablement sa haine de lui-même.
 
Pour nous, LTV est une figure emblématique de l’homme-coupable. Légitimement, il a rejeté son père, et idéalisé sa mère qui représentait sa seule protection. Ensuite, il a généralisé sa vision familiale à l’univers entier, diabolisant les hommes dans leur ensemble et angélisant les femmes dans leur ensemble. Il a hélas trouvé sur sa route des idéologues qui ont conforté son aveuglement en lui en offrant une théorisation. Se sentant coupable d’être homme, et s’en convainquant un peu plus tous les jours, il s’est enfermé dans un processus d’autodestruction inéluctable.
 
C’est pourquoi, même s’il a pactisé avec nos adversaires sexistes, nous ne le méprisons pas. Il a été victime de deux errements que nous combattons également : celui des pères qui engendrent sans aimer (mais nous savons qu’ils sont une minorité) ; celui qui fait porter aux hommes la responsabilité de tous les maux de la terre. La solution pour lui aurait été de rencontrer des hommes estimables, dignes de son respect et suscitant son admiration, auxquels il aurait eu envie de s’identifier. Il n’en a pas eu l’occasion ; ou peut-être, trop vite enfermé dans la misandrie, ne l’a pas cherchée. En tout état de cause, il suscite plutôt notre compassion.
 
Patrick Guillot


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