USA : accusés de harcèlement sexuel en maternelle. Le Figaro, 7 avril 2008


[Le stade ultime de la diabolisation de la sexualité masculine. Aurons-nous droit à cette horreur en France ?]
 
USA : accusés de harcèlement sexuel en maternelle
 
Par crainte des procès intentés par les parents, les autorités scolaires appellent la police au moindre attouchement dans la cour de récréation
 
Randy Castro avait six ans quand il a donné une tape sur les fesses à une fille de sa classe, Katherine DeLeon. Ils s’amusaient dans la cour de récréation de l’école primaire de Potomac View, dans la banlieue de Washington. Cela n’a pas plu à la petite fille.
 
Elle a dénoncé Randy à la maîtresse. L’institutrice a emmené le gamin chez le principal. Le principal a vite pesé la gravité de l’offense : il a appelé la police. Il a aussi rédigé un rapport qui restera pour toujours dans le dossier scolaire de l’enfant. Son titre : « Attouchements sexuels contre un étudiant, comportement odieux. »
 
Dans l’Amérique pudibonde, Randy Castro n’est pas un cas isolé. À New York, une directrice d’école a interdit à ses élèves de se toucher pour se dire bonjour. Au Texas, un garçon de 4 ans qui avait un peu trop pressé son visage contre la poitrine d’une assistante maternelle a été accusé de harcèlement sexuel. L’an dernier, 255 élèves du primaire ont été suspendus en Virginie pour des « contacts physiques inappropriés » avec un autre élève. Dans le Maryland, on dénombre 166 cas identiques, concernant 22 élèves en cours préparatoire, 16 au jardin d’enfants et trois… à la crèche.
 
Un directeur d’école n’est censé appeler la police qu’en cas d’incident « impliquant armes, alcool ou drogue, blessure volontaire ou autre infraction sérieuse ». Dans le cas de Randy, des psychologues ont souligné qu’« il est impossible qu’un enfant de son âge comprenne ce qui lui arrive ».
 
Mais les autorités scolaires ont tellement peur des procès qu’elles appliquent sans discernement la « tolérance zéro ». Dans les années 1990, la Cour suprême a confirmé la responsabilité des établissements qui manqueraient à l’obligation de mettre fin au harcèlement sexuel, généralement défini comme toute « pression ou contact jugé indésirable par la victime ».
 
Le Washington Post, qui a relaté l’histoire de Randy, a organisé la semaine dernière un forum avec des responsables éducatifs sur son site Internet. Une mère de famille y témoigne en ces termes : « Ma fille de cinq ans a été harcelée sexuellement par un garçon du même âge au début de l’année scolaire. Il l’a prise dans ses bras et l’a embrassée alors qu’elle ne le voulait pas. J’ai été extrêmement contrariée que le principal ne le suspende que pour une semaine. J’avais demandé son renvoi. J’ai aussi voulu porter plainte à la police. Devant leur refus, j’attaque au civil en dommages et intérêts. »
 
950 000 mineurs maltraités
 
Le lendemain de ce débat, le Centre de contrôle et de prévention des maladies publiait pour la première fois des statistiques nationales sur les véritables mauvais traitements infligés aux mineurs de 15 ans : 905 000 enfants ont été maltraités par des adultes en 2006 aux États-Unis, dont 91 278 bébés de moins d’un an.
 
Le directeur de Potomac View refuse de s’expliquer sur le cas de Randy, arguant de la confidentialité du dossier. Mais il a rejeté l’appel de la mère de l’enfant, Claudia Castro, réclamant que l’accusation de délinquant sexuel soit retirée de son carnet scolaire.
 
De notre correspondant à Washington Philippe Gélie
Le Figaro, 7 avril 2008
 


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